Dans le domaine de la cybersécurité offensive, la terminologie peut parfois prêter à confusion. Deux termes sont souvent utilisés de manière interchangeable à tort par les dirigeants et les responsables DSI : le Pentest (test d’intrusion) et le Red Teaming.
Bien que les deux exercices impliquent des experts « attaquant » votre système d’information pour en améliorer la sécurité, leurs philosophies, leurs méthodes et leurs objectifs finaux sont radicalement différents.
Comprendre cette distinction n’est pas une question de sémantique, c’est une nécessité stratégique. Choisir le mauvais exercice au mauvais moment de votre maturité cyber peut mener à des dépenses inutiles et à une fausse appréciation de votre niveau de risque réel.
Cet article a pour but de démystifier ces deux approches, avec pédagogie, pour vous aider à prendre la bonne décision pour votre organisation.
1. Le Pentest : L’Audit Exhaustif (Le « Check-up Complet »)
Qu’est-ce que c’est ?
Le test d’intrusion, ou pentest, est une évaluation de sécurité ciblée. Son objectif principal est de découvrir le maximum de vulnérabilités techniques dans un périmètre défini et sur une période donnée.
C’est une approche exhaustive. Le pentesteur agit comme un inspecteur méticuleux qui vérifie chaque porte, chaque fenêtre et chaque serrure d’un bâtiment spécifique pour voir si elles peuvent être forcées.
Comment ça marche ?
- Périmètre (Scope) : Il est strictement défini à l’avance. Par exemple : « l’application web de gestion des clients », « l’infrastructure AWS de pré-production » ou « le réseau Wi-Fi du siège ».
- Méthode : Les pentesteurs utilisent des outils automatisés et des techniques manuelles pour identifier les failles connues (injections SQL, mauvaises configurations, composants obsolètes, etc.). Ils tentent ensuite d’exploiter ces failles pour prouver le risque.
- Discrétion : Le pentest n’est généralement pas discret. Les scans génèrent du « bruit » sur le réseau. L’objectif n’est pas de se cacher des équipes de défense, mais de trouver les trous.
Le résultat attendu
Le livrable est un rapport technique détaillé listant toutes les vulnérabilités trouvées, classées par criticité (Critique, Haute, Moyenne, Basse), accompagnées de recommandations de correction.
L’analogie pédagogique : Imaginez que vous demandiez à un serrurier de vérifier la sécurité de votre maison. Il va tester chaque serrure, secouer chaque poignée et vous remettre une liste de tout ce qui doit être réparé. Il ne va pas essayer de voler votre télévision sans se faire voir ; son but est de trouver les points d’entrée faibles.
2. Le Red Teaming : La Simulation d’Attaque Réelle (L’Exercice Incendie)
Qu’est-ce que c’est ?
Le Red Teaming est une approche totalement différente. L’objectif n’est pas de trouver toutes les failles, mais d’atteindre un objectif stratégique précis en utilisant n’importe quel moyen nécessaire, tout en évitant de se faire détecter.
C’est une approche ciblée sur l’objectif (Objective-based). Le Red Team simule un attaquant réel, déterminé et sophistiqué (comme un groupe de cybercriminels ou un acteur étatique) qui cible votre entreprise.
Comment ça marche ?
- Périmètre (Scope) : Il est très large, voire ouvert. Il englobe les technologies, mais aussi les processus et surtout les humains.
- Méthode : Le Red Team utilise une approche multi-vectorielle. Ils peuvent combiner :
- Phishing ciblé (Spear Phishing) pour voler des identifiants.
- Ingénierie sociale (appels téléphoniques viciés).
- Intrusion physique dans les locaux.
- Mouvement latéral sur le réseau une fois à l’intérieur.
- Ils n’exploiteront qu’une ou deux failles si cela suffit pour atteindre leur but.
- Discrétion : C’est le maître-mot. Le succès d’un Red Team se mesure à sa capacité à opérer « sous le radar » des outils de sécurité (EDR, SIEM) et des équipes de défense (le Blue Team).
Le résultat attendu
L’objectif ultime est de tester la capacité de votre organisation à détecter et réagir à une attaque complexe. Le rapport final ne liste pas des failles techniques, mais raconte le scénario de l’attaque : « Comment nous sommes entrés, comment nous avons pivoté, et à quel moment (si cela est arrivé) vous nous avez détectés ».
L’analogie pédagogique : Vous engagez une équipe d’experts pour s’introduire dans votre entreprise et voler un document confidentiel précis situé dans le bureau du PDG. Ils ne vont pas vérifier toutes les serrures. Ils vont peut-être duper le réceptionniste, cloner un badge d’accès, ou passer par une fenêtre laissée ouverte par un employé négligent. Le but est de voir si vos gardes de sécurité et vos alarmes sont efficaces face à une menace réelle.
Synthèse Comparative : Pentest vs Red Team
Voici un tableau récapitulatif pour visualiser les différences fondamentales :
| Caractéristique | Pentest (Test d’intrusion) | Red Teaming (Simulation d’adversaire) |
| Objectif Principal | Trouver et lister un maximum de vulnérabilités. | Atteindre un objectif stratégique (ex: exfiltration de données) sans se faire prendre. |
| Question posée | « Où sont nos failles techniques ? » | « Sommes-nous capables de détecter une attaque réelle ? » |
| Périmètre (Scope) | Strictement défini, souvent limité à la technologie. | Large, ouvert, incluant l’humain et les processus. |
| Méthode | Exhaustive, standardisée, bruyante. | Ciblée, créative, furtive (stealth). |
| Durée typique | Courte (1 à 3 semaines). | Longue (3 semaines à plusieurs mois). |
| Maturité requise | Faible à Moyenne. | Élevée. |
| Cible principale | Les systèmes et les applications. | Les équipes de défense (Blue Team) et les procédures. |
Exporter vers Sheets
Lequel choisir ? Une question de maturité
C’est la section la plus importante pour un décideur. L’erreur classique est de vouloir « le must » (un Red Team) alors que les bases ne sont pas couvertes.
Choisissez le Pentest si :
- Vous débutez en cybersécurité : Vous n’avez jamais fait d’audit approfondi et vous avez besoin d’un état des lieux technique.
- Vous lancez une nouvelle application : Vous devez vous assurer qu’un nouveau produit exposé sur le web ou le cloud est sécurisé « by design » avant sa mise en production.
- Vous avez des obligations de conformité : Des normes comme PCI-DSS, ISO 27001 ou la directive NIS2 exigent souvent des tests d’intrusion réguliers sur des périmètres précis.
- Votre objectif est la prévention : Vous voulez réduire votre surface d’attaque en corrigeant des failles.
Choisissez le Red Teaming si :
- Vous avez une maturité élevée : Vous faites déjà des pentests réguliers, vous avez corrigé la plupart des failles évidentes et vous disposez d’une équipe de défense (SOC/Blue Team) en place.
- Vous voulez tester vos processus de réponse : Vous avez investi dans des outils de détection coûteux (EDR, SIEM) et vous voulez savoir s’ils sont bien configurés et si vos analystes savent réagir à une alerte réelle.
- Vous craignez une menace ciblée : Votre secteur d’activité fait de vous une cible pour l’espionnage industriel ou des attaques sophistiquées (APT).
- Votre objectif est l’entraînement : Vous voulez confronter vos équipes à une situation de stress réaliste.
Conclusion
Le Pentest et le Red Teaming ne sont pas concurrents, ils sont complémentaires.
Le Pentest vous aide à construire des murs solides et à verrouiller vos portes. Le Red Team vérifie si, malgré ces murs, un attaquant motivé peut trouver un moyen de passer par la cheminée ou de manipuler le gardien pour entrer.
Commencez par le Pentest pour assainir vos bases techniques. Une fois que vous êtes confiant dans votre posture de prévention, passez au Red Teaming pour éprouver vos capacités de détection et de réponse. Dans les deux cas, l’objectif est le même : ne pas attendre une vraie cyberattaque pour découvrir vos faiblesses.